13.06.2007
En soutenant la Halde, le Mrap continue à sombrer toutes voiles dehors
http://www.gaucherepublicaine.org/,article,1455,,,,,_En-s...
Sombre est l’avenir de ce mouvement dont le grand timonier, seul maître à bord à l’ombre de dieu, gouverne un navire sans équipage sur les flots de la démagogie et vers les rivages où reposent ses ambitions politiques personnelles.Alors qu’il a été canonné à 10 voix contre une par les électeurs du parti communiste d’Aubervilliers pour le choix de leur candidat, Mouloud Aounit, ce nouveau canonisé de la diversité, persiste et maintient sa candidature aux élections législatives. Il est sans soutien local notable, sans programme, et il ne s’appuie donc que sur sa volonté de provoquer un vote communautariste en sa faveur. 3,2% de électeurs l’ont suivi dans cette démarche au 1er tour des législatives, ce qui ne dénote pas une forte conviction d’un électorat qui aurait pu être sensible au thème de la diversité. Beaucoup ont certainement remarqué l’opportunisme qui débordait de l’habit « diversité ».
Comportement extrêmement trouble de la part du président d’une association qui a longtemps combattu pour une réelle citoyenneté s’appuyant sur les fondamentaux républicains de laïcité et d’égalité de tous les citoyens, quelle que soit leur origine. Foin de ces principes, le but du grand dirigeant est d’acquérir localement une notoriété et une crédibilité qu’il n’a toujours pas réussi à installer, quitte à user du clientélisme communautaire en se posant comme victime. Ceux qui ne le choisissent pas seraient motivés dans leur refus par le rejet de ses origines. Ensuite, il pourra postuler à la magistrature suprême de la ville. Tel est le programme dans lequel, à travers la mise en scène de sa personne, Mouloud Aounit a englué le MRAP.
Sans soutien d’organisation ni de personnalités, il ne reste à Aounit que les bras pour mouliner des incantations, en s’appuyant sur sa fonction de président du Mrap pour apparaître et paraître, bref avoir une identité visible en égrenant les poncifs comme d’autres des chapelets.
Il se veut représentant de la diversité, ce qui signifie pour lui qu’il revendique un vote communautariste contre le vote blanc. C’est ce qui ressort d’un reportage récent de France Inter où, dans ses propos, Mouloud AOUNIT montre une connivence de « fraternité communautaire » avec HAMZA, le candidat UMP d’Aubervilliers, et dénie toute représentativité à son concurrent communiste Gilles POUX qualifié de « pas représentatif », au nom de la diversité. Gilles POUX est ainsi renvoyé dans une « identité blanche » opposée à la « diversité ». Attaquer une personne sur ses origines, n’est-ce pas faire allégeance à une conception raciste de la société menant à l’Apartheid ? Apartheid qu’a combattu le MRAP, dès ses origines en 1949 alors que si peu de monde s’intéressait à la situation en Afrique du Sud.
Tout aussi grave est le nouveau positionnement du MRAP qui, sous l’impulsion de Mouloud Aounit et d’un quarteron de godillots, s’enfonce dans une lutte antiraciste discriminatoire. Discriminatoire à plusieurs titres :
- En hiérarchisant les racismes selon les victimes et en occultant souvent l’antisémitisme.
- En passant sous silence ou en réduisant un certain racisme lorsqu’il provient des « victimes des colonisations », ici ou là-bas.
- En pratiquant un amalgame digne des anthologies d’extrême droite lorsqu’il pratique le glissement sémantique islamophobie = antimusulman = antiarabe, feignant d’oublier qu’on est libre de craindre une religion et de considérer que, dans les mains de certains et dès qu’elle quitte la sphère privée pour envahir l’espace public et politique, la religion est un outil au service de l’oppression ; « l’opium du peuple » disait Marx.
- En pratiquant allègrement le contresens en assimilant l’islamophobe (qui devrait selon moi veiller au sein de tout humaniste sous une forme générique de religiophobe) au raciste.
- En faisant de ce mouvement historique un concentré de fond de cale où clapote un mix boucané de béni-oui-oui, de rabougris dont l’analyse s’est toujours limitée à être aux ordres, et de porte-flingues figés dans le formol du stalinisme, bref une déviation vers une secte islamo-gauchiste, ne voyant guère plus loin que le bout de son cierge et de son nouveau bréviaire.
- En ignorant le rôle d’autorité morale qu’aurait du conserver le Mrap au sein de la société française.
Qui donc maintenant écoute avec sérieux l’avis du Mrap ? Personne !
Ni à gauche, ni à droite, ni dans les milieux scientifiques ou intellectuels. Lorsque les lois Sarkosy sont mises en place et portent atteinte à bien des égards aux Droits de l’Homme, le Mrap est invité à s’exprimer sur les plateaux télévisés… pour discourir du blasphème et des caricatures aux côtés des religieux !
Au fil du temps, avec son escorte de magnétophones sur pattes sans expression autre que celle de son grand timonier, le président du Mrap a dévoyé l’organisation qu’il dirige. Cette organisation est devenue une coquille vide, sans analyse, en perte continuelle de militants au fil des « gaffes » du Président. Ces gaffes qui lui servent à flatter un électorat potentiel tout comme les « phrases » de Le Pen servaient à renforcer auprès de ce dernier l’adhésion de ses partisans les plus extrêmes. Coquille vide ne produisant plus aucune analyse sur l’état de la société française au regard des Droits de l’Homme.
Est-ce ce mouvement laïque issu de la Résistance, ou sa parodie, qui apporte son soutien aux défenseurs du voile à l’école. Est-ce le mouvement créé par ceux qui ont protégé les enfants juifs durant l’occupation nazie qui se félicite maintenant de la délibération du collège de la HALDE qui considère que le refus d’interdire à des mères voilées d’accompagner les enfants lors des sorties scolaires serait contraire aux dispositions interdisant les discriminations fondées sur la religion.
Est-ce ce Mouvement qui a été ardent défenseur de la citoyenneté et des l’égalité des droits qui considère maintenant que le fait de refuser à nos petites filles (et nos petits garçons !) d’avoir pour modèles des femmes qui portent sur elles le symbole de leur oppression et de la sous-citoyenneté dans laquelle les confinent leurs mâles et leur religion, serait contraire aux droits de l’homme qui figurent en préambule de notre constitution.
Est-ce ce Mouvement qui, dès sa création, s’est ancré sur les fondamentaux laïques de la République et qui maintenant, sous couvert de chasse à l’islamophobie, s’aligne sur une HALDE qui « considère que l’intervention des Congrégations religieuses ne contrevient ni au principe de laïcité ni à celui de neutralité du service public » ?
Est-ce ce Mrap historique, fondé dans la Résistance à TOUS les totalitarismes, qui cautionnerait maintenant une approche communautariste et proreligieuse digne des Indigènes ?
Est-ce ce Mouvement de 60 ans, né dans la continuité des valeurs émancipatrices du programme du Conseil National de la Résistance, qui glisse d’une conception universaliste du vivre ensemble à une organisation de la société qui, au nom de la diversité, a des votes noirs opposés à des votes blancs, a des revanches des « fils de victimes » à prendre sur les « enfants des sociétés colonisatrices ». A remonter ainsi dans les temps, de culpabilisation en culpabilisation intergénérationnelle, il ne surgira que de la haine du tréfonds des rancoeurs. Est-ce ce que souhaite ce Mouvement né « Pour la Paix » et prolongé ensuite « pour l’Amitié entre les Peuples » ? N’est-ce pas tout simplement nier le libre arbitre de tout citoyen, responsable de ses actes seuls ?
Au nom des profits individuels éphémères de son Président, la société a progressivement perdu une organisation historique. Le Mrap n’existe plus sur la scène politique nationale, sa crédibilité est totalement corrodée, et sa représentativité émiettée. Quelques comités locaux survivent, se tenant à distance des remous médiatiques, le nez plongé dans l’action et la solidarité de proximité.
Le Mrap n’existe encore vis-à-vis des médias que comme un « truc » à agiter lorsqu’il est question de religion. On invite son président comme bouffon amuseur de foules, comme autrefois on appelait Georges Marchais à la télévision, certain de faire du spectacle et de l’audimat.
Le Mrap conserve toutefois son utilité pour son Président : un porte-voix au service de ses ambitions et un moyen de passer les fins de mois en attendant que le jeu politicien paie peut-être un jour.
Le Mrap se meurt. La question du devenir de Mouloud Aounit est devenue sans importance. Gageons qu’il sera vite oublié, malgré les coups qu’il porte à la citoyenneté et au camp progressiste.
Il restera à la société française de reconstruire un mouvement antiraciste laïque et universaliste en veillant à ce que ses structures interdisent toute dérive au service d’un quelconque mégalomaniaque.
par Alain Callès
in Respublica lettre 544
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03.06.2007
Contre la tyrannie officielle
10/02/2006 - Ce ne sont ni d'éternels rebelles ni des pétitionnaires professionnels, mais la fine fleur des historiens français. Pas le genre à défiler en rangs serrés tous les quatre matins. Ils fréquentent plus les colloques universitaires que les plateaux de télévision. Ces éminents savants sont pourtant entrés en dissidence avec éclat. Contre la bigoterie mémorielle qui prétend imposer à chacun une lecture unique, moralisante - et forcément sombre - du passé national, ce commando de choc revendique la « liberté pour l'Histoire ». Cri d'alarme qui est le titre du manifeste dans lequel les 19 signataires initiaux demandent l'abrogation de toutes les lois mémorielles, ou plus précisément de leurs articles normatifs, quel que soit l'événement qu'elles prétendent mettre à l'abri des « assassins de la mémoire ». C'est que le danger ne vient plus tant des assassins que des adorateurs d'une mémoire nécessairement souffrante. « Descendante d'esclave », selon l'étrange définition acceptée sans examen par une partie notable des élites, la romancière Françoise Chandernagor plaide pour que l'on sorte de la confusion. « La mémoire est tissée d'erreurs et d'affects, alors que l'Histoire remet à distance. Quand le Parlement décide de célébrations, très bien, il est dans son rôle. Mais comment les députés peuvent-ils décréter que les Arméniens ont été victimes d'un génocide ou que la colonisation a été positive ? »
Qu'on ne s'y trompe pas. Il ne s'agit pas d'une querelle interne à la corporation savante. En prenant en otage le discours sur le passé, en imposant une histoire pieuse, c'est la liberté de penser qu'on assassine, assurent les élégants conjurés. C'est dire le sens d'un combat qui se livre à coups de pétitions et de tribunes, dans les journaux, les forums de discussion, les bureaux feutrés d'éditeurs parisiens, mais aussi dans les amphithéâtres et salles de professeurs. Effervescence qui prouve au moins que les censeurs n'ont pas gagné. Ils sont loin d'être défaits.
Défense de dire
Défense de rire. Défense de choquer. Défense de diverger. La France s'enorgueillissait d'être l'un des berceaux de la pensée critique - une terre où les idées combattent les idées. Elle paraît saisie par la passion de l'interdit. Soustraits à l'examen par la loi et la doxa, vérités officielles et points de vue certifiés conformes pavent les chemins de la connaissance. Les contrevenants sont menacés du tribunal de l'opinion - ou du tribunal tout court. Pourquoi leur répondre quand il est si gratifiant de les réduire au silence avec en prime l'agréable certitude d'oeuvrer pour le Bien et le Vrai ? Au mieux infréquentables, au pire délinquants. De quoi dissuader toute réflexion, toute polémique sur les sujets sensibles, dont la liste s'allonge en même temps que celle des minorités plus ou moins agressives décidées à sanctuariser leur part de passé. « Personne n'a envie de se lancer sur les terrains à procès », s'exclame Françoise Chandernagor.
La mollesse de certaines réactions, notamment politiques, dans l'« affaire des caricatures de Mahomet » confirme partiellement ce sombre diagnostic. « Vive la liberté d'expression, mais il ne faut pas blesser les gens », décrète le Quai d'Orsay le plus sérieusement. Tout groupe minoritaire peut donc exiger non seulement de contrôler sa propre histoire, mais d'être protégé contre la critique. Certes, on peut contester la qualité des caricatures ou l'opportunité de les publier. Faut-il pour autant plier devant la menace, l'anathème ou l'exclusion ? « Je suis consterné par ces dessins, qui illustrent la persistance des vieux stéréotypes sur l'islam, explique Abdelwahab Meddeb, l'un des plus fins connaisseurs de l'islam. Seulement, il faut les dénoncer, pas les interdire. Le droit au blasphème est une invention occidentale, mais aussi une conquête de l'humanité. L'islam l'a très peu connu, il faut qu'il l'accepte. »
Reste que deux versions du Bien peuvent entrer en collision. L'islam est certes minoritaire en Europe, mais il demeure une religion, autrement dit l'une des vieilles lunes dénoncées comme obsolètes par la pensée dominante. Ce qu'observe Philippe Muray : « Il est facile d'annoncer pour la énième fois que "la liberté d'expression est non négociable", surtout quand on applaudit par ailleurs à chaque nouvelle destruction légale de la liberté de pensée et que l'on vient justement de saluer une première condamnation par les tribunaux pour "propos homophobes". La vaillante défense de la liberté et de l'Etat de droit contre les autorités religieuses serait plus crédible si elle s'exerçait aussi contre les innombrables nouveaux clergés qui font régner une terreur mille fois plus efficace que les vieilles puissances religieuses. »
Autant dire que les temps sont durs pour les enfants des Lumières. « On étouffe », la formule revient sans cesse. « Si ça continue, on ne pourra bientôt parler qu'en privé », s'alarme Elisabeth Badinter. « On ne peut déjà plus rien dire », pense la majorité silencieuse, quotidiennement sommée de faire acte de contrition pour les crimes de ses lointains ancêtres. « Le risque est précisément que l'on assiste à une révolte de la majorité contre les minorités », redoute Pierre Nora. Académicien, éditeur, historien, le maître d'oeuvre des « Lieux de mémoire » est à la pointe du combat contre la tyrannie mémorielle, comme s'il voulait contribuer à maîtriser sa créature devenue folle.
On finit par regretter l'époque où on faisait le coup de poing, quand « cocos » et « fachos » se mettaient des peignées au quartier Latin. C'est à la loyale, par la vigueur de leur verbe et de leur conviction, que les dreyfusards ont fait triompher la vérité. Au sortir d'un siècle de fer, on répète pieusement « plus jamais ça ». Contre les prêcheurs de haine, on ne sait plus que dégainer des lois. Comme s'il était acquis que la Raison ne peut rien contre Faurisson. De surcroît, lorsqu'on commence à refuser la liberté aux ennemis de la liberté, la tentation est grande de définir comme tels tous ceux avec qui on n'est pas d'accord.
Placé sous tutelle par le Parlement, tenu en joue par le juge, le débat, qu'il porte sur le passé ou sur le présent, se réduit de plus en plus à une litanie de procédures et d'excommunications. Raffinement suprême ou supercherie éhontée, la vindicte se pare des atours de la générosité, l'exclusion se décrète au nom du pluralisme. Pour avoir refusé de se joindre au choeur compassionnel qui a élevé les incendiaires de nos banlieues au rang de victimes innocentes, Alain Finkielkraut est dénoncé comme raciste, c'est-à-dire, selon sa propre expression, comme ennemi de l'humanité. « C'est à ce moment-là que j'ai compris qu'il fallait agir », affirme Elisabeth Badinter.
Pour nombre de chercheurs, c'est avec le procès intenté par le Collectif DOM à Olivier Pétré-Grenouilleau, paisible savant devenu à son corps défendant le symbole de la liberté menacée, que la ligne blanche est franchie. L'idée du manifeste et d'une association chargée d'assister les chercheurs attaqués est d'ailleurs née au cours d'une réunion organisée à Sciences po pour le soutenir. Il est vrai que cet historien reconnu avait commis l'inacceptable en critiquant la « loi Taubira » - qui qualifie de crime contre l'humanité « la traite et l'esclavage », mais seulement quand ils ont été commis par l'Occident. Critiquer une loi, c'est osé. Mais alors, faut-il promptement traîner en justice ceux qui se sont déchaînés contre le texte prohibant les insignes religieux à l'école ? Et ceux qui se sont opposés au vote de l'état d'urgence, les laissera-t-on jouir de l'impunité ? « Ce n'est pas pareil », rétorquent les chercheurs de sensibilité plutôt bourdivine, qui, depuis un an, ont concentré leurs attaques contre la loi sur « les effets positifs de la colonisation » - seul texte mémoriel issu des rangs de la droite. Gérard Noiriel, historien de l'immigration, est l'un des leaders de cette révolte volontairement sélective. « On ne peut pas mettre sur le même plan une loi qui fait l'apologie de la colonisation avec celles qui condamnent le racisme, l'esclavage, la persécution de masse. Avant de supprimer les articles concernés, déclare-t-il à L'Express, il faut s'interroger sur les réactions des groupes sociaux ou des groupes de pression mémoriels concernés. » On ne saurait dire plus clairement que la loi n'est plus l'expression de la volonté générale mais la traduction des rapports de forces entre groupes d'oppression, heureuse définition de Muray.
Concernant les crimes commis par l'Occident, la seule attitude acceptable est une vénération de nature quasi religieuse. C'est à se demander s'il valait la peine de libérer les affaires humaines de l'emprise de l'Eglise pour fabriquer du sacré catégoriel dont les prêtres sont des associations persécutrices traquant l'hérétique avec autant de fougue - mais heureusement moins de pouvoir- que la Sainte Inquisition. « Tout cela renvoie à une vision idyllique de l'Histoire, explique Max Gallo, qui a également été pris à partie pour sa coupable indulgence à l'égard de Napoléon. Le conflit et sa forme extrême, la guerre, seraient un accident. Or l'homme détruit de l'homme, on ne peut pas échapper à ce constat. » A interpréter le passé dans la langue de l'actualité, c'est-à-dire des droits de l'homme, on s'interdit de le comprendre et on se prive des vertus de l'oubli. « Une société ne peut pas rester éternellement en colère contre elle-même », écrit Paul Ricoeur. Ou alors c'est qu'elle traverse une crise profonde.
Annoncé il y a quelques jours, le retrait de la plainte contre Pétré-Grenouilleau est largement imputable à la mobilisation des intellectuels et au soutien des médias, preuve que la société peut efficacement défendre ses libertés. La relaxe annoncée de l'historien a sans doute contribué à réfréner les ardeurs pénalophiles. En attendant, le collectif DOM peut se prévaloir d'une victoire. Dans un courrier adressé à ses « chers compatriotes », Patrick Karam se réjouit d'avoir obtenu de la société Nutrimaine l'abandon du slogan « Y'a bon Banania » ! Victoire de taille, en effet. Cet épisode dérisoire chagrinera peut-être quelques nostalgiques du chocolat de leur enfance ; il montre que les communautés militantes peuvent aussi se constituer en lobby économique.
La compétition victimaire
Dans cette atmosphère de plomb, la révolte des gens de plume est salutaire. Car la fronde se diffuse dans toutes les strates de l'intelligentsia, du professeur au Collège de France à celui du lycée de banlieue. « Je ne peux faire un pas dans la rue sans qu'on me demande comment rejoindre notre mouvement », dit Nora. Reste à comprendre comment, au pays de Descartes et de Voltaire, l'intimidation s'est substituée à l'argumentation. La réponse est simple. La place prépondérante légitimement accordée aux victimes à l'issue des tragédies du XXe siècle explique le triomphe du politiquement correct.
L'enfer était naturellement pavé des meilleures intentions. Que les faibles soient défendus contre les forts et les victimes protégées des bourreaux est évidemment un progrès. « Cela ne me pose pas de problème que l'on accorde un statut spécifique aux victimes, remarque Gallo.Pensez aux innocents d'Outreau. Seulement, si chacun est libre d'honorer ses ancêtres les plus lointains, les droits peuvent difficilement se transmettre au-delà de deux générations. Sinon, pourquoi les albigeois ou les vendéens ne réclameraient-ils pas réparation ? » Ecrivain d'origine camerounaise, Gaston Kelman refuse cette communion dans la douleur. « Pourquoi me reconnaîtrais-je dans le malheur ? Jusqu'à quand est-on descendant d'esclave ? Je n'ai pas vocation à me soucier des Noirs plus que des autres. Si j'ai une communauté, c'est la France. »
Or, de la protection des victimes on est passé à leur sanctification, puis à la sanctification de leurs descendants. En somme, on ne devient pas victime par malchance, on naît victime par essence. « C'est très grave de se construire à partir du statut de victime, déclare Meddeb. L'islam, c'est l'humilité, pas l'humiliation. Nous assistons au triomphe du petit-bourgeoisisme à l'échelle mondiale. »
Elisabeth Badinter observe que « l'affichage des filiations victimaires se conjugue avec l'étalage des douleurs privées », phénomène qui, selon elle, vient des Etats-Unis. Voire. La référence en ce domaine, la victime idéale, c'est à l'évidence le juif mort à Auschwitz. Quoi qu'on pense de l'exceptionnalité conférée à la tentative d'extermination menée par les nazis, on ne peut éviter de s'interroger sur ses conséquences. « La mémoire de la Shoah, écrit à ce sujet l'historien Henry Rousso, est devenue un modèle jalousé, donc imité et récusable. » Au fil des années, le « privilège juif » est devenu une source d'hostilité. Président des amitiés judéo-chrétiennes et initiateur d'une autre pétition contre les lois mémorielles, Paul Thibaud remarque pour sa part que le cordon sanitaire établi autour du génocide juif s'est révélé inopérant. « La loi Gayssot prétendait lutter contre l'antisémitisme planqué sous la bannière du négationnisme. On n'a abouti qu'à le déplacer. La vindicte de Dieudonné est précisément dirigée contre l'hyperprotection dont bénéficient les juifs. » Désormais, tout groupe ayant subi des persécutions réclame le bénéfice des qualifications de génocide et de crime contre l'humanité. Selon Françoise Chandernagor, plusieurs propositions de loi allant dans ce sens sont sur le bureau de l'Assemblée. Si l'humour grinçant avait droit de cité, on pourrait dire que chacun cherche son Shoah.
Mais la compétition victimaire n'aurait sans doute pas pris cette ampleur si elle n'avait pas bénéficié de la complaisance des politiques, en particulier du président de la République. « La France est coupable », déclarait-il en 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vél' d'Hiv. Il devenait alors impossible de refuser aux uns la repentance accordée aux autres.
Au-delà de la loi positive, on peut avoir le sentiment que le champ des idées discutables se réduit sans cesse par contamination. Ainsi, la reductio ad Hitlerum de Leo Strauss et sa version française, la « lepénisation des esprits », ont permis d'interdire toute discussion sur la politique migratoire ou l'insécurité. « Attention à ne pas tout mélanger ! précise Meddeb. Affronter le politiquement correct, c'est une question de courage intellectuel. Encourir le risque d'une condamnation judiciaire, c'est beaucoup plus grave. » En théorie, sans doute, mais, dans les faits, ce n'est pas sûr. En effet, comme l'indique Me Richard Malka, avocat spécialisé dans les délits de presse, « la jurisprudence est extrêmement protectrice des libertés. Les condamnations sont très rares. Ni Houellebecq, ni Oriana Fallaci, ni Dieudonné n'ont été condamnés. Alors, c'est vrai qu'il existe des associations très procédurières. Mais, à force de perdre, elles abandonnent. Seulement, il ne faut pas que les prévenus lâchent quand ils perdent en première instance. Dans ce domaine, il faut aller jusqu'au bout. » Autrement dit, il revient à chacun de prendre ses responsabilités pour défendre ses convictions. En gardant en mémoire que les libertés qui s'usent sont celles dont on ne se sert pas
Les lois incriminées
Quatre lois ou articles de loi fixent l'Histoire et permettent donc que des chercheurs puissent être poursuivis s'ils ne les respectent pas.
L'article 9 de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe qui fait de la contestation de « l'existence d'un crime ou plusieurs crimes contre l'humanité » un délit.
La loi sur les Arméniens du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915.
Les articles 1er et 2 de la loi du 21 mai 2001, dite loi Taubira, sur la traite négrière et l'esclavage reconnus par la France comme crimes contre l'humanité. L'article 2 stipule que « les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l'esclavage la place conséquente qu'ils méritent ».
L'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur « le rôle positif de la présence française outre-mer ». Cette disposition a toutefois été déclassée le 31 janvier par le Conseil constitutionnel
Source : L'Histoire n° 306, février 2006, qui publie un entretien sur la question avec Françoise Chandernagor.
Les signataires de la pétition du 12 décembre
2005 : Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet, Michel Winock.
© Le Point
12:49 Publié dans Contre la tyrannie officielle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
loi sur le blasphéme prioritaire sur la liberté d'expression
« Aujourd’hui si la liberté d’expression est un bien fondamental et fait partie des droits de l’homme, la liberté de blasphemer et la liberté d’ouvrir le champs au racisme doit être réprimée avec la plus grande fermeté. »
12:48 Publié dans Déclarations de M. Aounit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le MRAP et les caricatures de Mahomet
Le MRAP et les caricatures de Mahomet
par Simon Blumental
Mais ce qui a provoqué une avalanche de prises de positions, ces dernières 24 heures, c'est l'aberrante et déshonorante prise de position imposée au MRAP par Mouloud Aounit de porter plainte contre le journal France-Soir, à la suite de sa publication des caricatures controversées.
Ce faisant Mouloud Aounit s'est fait le précurseur des mêmes intentions formulées par des organisations islamistes en France. Il se retrouve en bonne compagnie !!!
Mais Mouloud Aounit, même si cette fois il a dépassé la ligne jaune, n'en est pas à sa première incartade. Les Algériennes et les Algériens victimes du terrorisme islamiste durant la décennie n'ont trouvé aucun appui à leur résistance à ces égorgeurs. De nombreux militants du MRAP, dans les fédérations, ont apporté leur soutien et leur solidarité aux démocrates et progressiste algériens, mais Aounit a préféré flirter avec les "Qui tue Qui". Cet étrange comportement s'est trouvé confirmé dans ses tentatives d'imposer aux militants anti-racistes sa conception de "l'islamophobie", le soutien qu'il a apporté publiquement (en pleine campagne électorale des régionales) à Dieudonné alors que celui-ci, après sa prestation charlatanesque à la Télé, tenait des propos ouvertement racistes, la "fraternité" qu'il a manifesté à Tarik Ramadan. Arrêtons là, nous aurons hélas à revenir sur cette question.
Nous n'oublions pas que Aounit est élu régional de l'Ile de France en-ête d'une liste en Seine-St-Denis, devant Marie-George Buffet. Nous espérons une mise au point nette et sans équivoque de la part de cette dernière.
Il est temps que le MRAP soit repris en main par de véritables anti-racistes partisans de l'amitié entre tous les peuples.
Simon Blumental
12:40 Publié dans Déclarations de M. Aounit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Contre les caricatures
DÉCLARATION DE MOULOUD AOUNIT dans ICARE, Internet Centre Anti Racism Europe
20/02/2006 - Samedi 1er février 2006, le Conseil d’administration du MRAP, par 21 voix contre 6 et une abstention, a pris la décision d’engager le MRAP à porter plainte contre le journal France Soir pour une seule des douze caricatures reproduites du journal danois Jyllands Posten, celle représentant le prophète de l’islam enturbanné d’une bombe. Cette décision était clairement fondée sur le caractère raciste - et non religieux - de l’insupportable amalgame « Mahomet = islam = musulmans = terroristes en puissance », rendant ainsi l’ensemble des musulmans coupables et comptables des monstruosités commises par des fanatiques au nom de l’islam.
Depuis lors - sans l’honnêteté, le recul et la sérénité qui auraient dû s’imposer à tous absolument dans le traitement de cette question devenue de plus en plus politiquement explosive tant au niveau national qu international - un déchaînement de contre vérités, ressortissant le plus souvent à une méconnaissance coupable de la complexité du dossier, à la mauvaise foi, quand il ne s’agit pas tout simplement d’une calomnie de bas étage, s’abat contre le MRAP et son Président, Mouloud AOUNIT.
Ainsi le numéro de Marianne, daté du 17 février 2006, n’hésite pas à me comparer à Jean-Marie Le Pen (merci du peu !), tandis que son rédacteur en chef, Jean-François Kahn m’assimile à un idiot. D’autre part, un journaliste de Libération s, s’exprimant sur France Culture, me présente comme le secrétaire « d’origine musulmane » du MRAP. C’est à ces personnalités - dont on aurait attendu plus de recul, de sagesse, de pertinence, de discernement et de retenue - que revient l’initiative d’avoir travesti la position clairement exprimée du MRAP contre l’amalgame raciste, très précisément véhiculé par cette caricature à la bombe. Un tel amalgame, devenu de plus en plus courant après les tragiques attentats du 11 septembre 2001 et par la non moins tragique situation du Moyen Orient, entre dans le champ de ce que les Nations Unies qualifient de « formes contemporaines de racisme ». Dans le cas d’espèce, il s’agit bien d’une forme particulièrement agressive de racisme anti-musulman, qualifié d’ islamophobie tant par les Nations Unies (Rapporteur spécial sur les formes contemporaines de racisme) que par l’Observatoire des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) de l’Union européenne, sans oublier les associations antiracistes européennes.
Ainsi, la coordination nationale danoise du Réseau européen contre le racisme - ENAR - n’hésitait pas, dès avant le 11 septembre, à évoquer les progrès inquiétants de l’islamophobie dans ce pays. Ce phénomène était clairement identifié dans des rapports 2002 puis 2003 de l’ EUMC sur trois tables rondes relatives à la « Lutte contre l’antisémitisme et l’islamophobie », organisées par l’ancienne Commissaire de l’Union européenne, Anna Diamantopoulos qui appelait à une "culture de cicatrisation". Au coeur de la tourmente actuelle, c’est précisément à cette « culture de cicatrisation » que reste inébranlablement attaché le MRAP Son Congrès 2004 s’est prononcé pour la poursuite du combat contre l’islamophobie dans le cadre de la définition légale de la provocation et de l’injure raciste « commise envers une personne, un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur appartenance ou de leur non appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée ». Son assemblée générale 2005 l’a réaffirmé.
Le MRAP, mouvement laïque qui s’inscrit dans le cadre du droit français, est attaché à la liberté d’expression en tant que faisant partie des droits et libertés fondamentales propres à l’Etat de droit démocratique. A ce titre, l’exercice de chacun de ces droits et libertés se trouve délimité par la loi et soumis aux seules limites de la justice et du droit. Or, la France dispose d’une législation qui consacre le fait que le racisme et son incitation par quelque moyen que ce soit, constituent non pas une « opinion » mais bien un « délit ».
Tout le reste relève du droit à la liberté de pensée et d’expression (y compris la libre critique des religions) et le MRAP ne saurait s’y immiscer. Mais tout cela n’est pas nouveau ! Le MRAP a déjà poursuivi des caricatures de caractère raciste visant les immigrés et les sans papiers, telles que publiées dans le périodique Présent. De même, dans un registre similaire, le MRAP avait-il décidé de poursuivre M. Chagnon, professeur d’histoire, qui dans un cours sur le monde musulman, avait affirmé devant des élèves de 5e que « Mahomet avait fait exécuter 600 à 900 juifs par jour » et qu’il allait « se transformer en voleur et en assassin et imposer sa religion par la terreur » Suite à un procès intenté par le MRAP à cet enseignant, la justice a reconnu qu’il était du rôle du MRAP d’être vigilant : « Il ne saurait être reproché à cet égard au MRAP ni d’avoir agi comme association militante, qualité qu’elle revendique, ni de l’avoir fait à la légère en invoquant la provocation à la haine que lui paraissaient constituer les propos tenus en cours par Chagnon . Cette association militant contre les discriminations et en faveur du rapprochement entre les peuples a pu estimer que de tels propos étaient passibles de poursuites pénales ou méritaient pour le moins que la question de la justice fût soumise à un tribunal ».
Pour mémoire, c’est la même logique qui a conduit le MRAP à condamner le sketch caricatural de l’humoriste Dieudonné, son action juridique pour exiger l’interdiction de la chaîne libanaise Al Manar qui diffusait des caricatures antisémites, action qui s’est soldée par l’interdiction de la chaîne par le C.S.A.
Quant aux caricatures publiées par Charlie Hebdo, le prochain Bureau exécutif du MRAP étudiera les suites éventuelles à y donner, compte tenu - comme en toutes circonstances - du contexte, de la nature et de la portée spécifiques de leur publication.
Le MRAP entend poursuivre, envers et contre toutes tempêtes, son combat pour une solidarité sans faille envers toutes les victimes de toutes les formes anciennes et nouvelles de racisme ainsi que pour le respect de la dignité de chaque personne humaine.
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12:37 Publié dans Déclarations de M. Aounit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

